Nourriture D'Esprit
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Les Vérités Cachées Derrière la Merveilleuse Histoire De “La Belle et La Bête”

Je suis sans voix. Ébloui. Enchanté. Émerveillé. Je suis en effet un féministe, qui aime les contes de fées. Et Emma Watson. J’apprécie particulièrement la fantaisie, l’atmosphère et le côté romantique de ces histoires. Si l’on mélange tous ces ingrédients ensemble, l’on terminera sans doute avec une difficulté d’objectivité et de sincérité lorsque l’on traite d’un sujet tel que le féminisme dans les films Disney. J’ai entendu tellement de critiques sur l’adaptation de La Belle et La Bête, comment il réussissait à casser le biais de genre, levant en même temps ce voile délicat dans le monde de Disney (je parle de son inclusion sexuelle audacieuse ici), tout en valorisant enfin son héroïne, qu’il m’a fallu retenir ma curiosité et mon excitation avant d’aller le voir au cinéma, ceci pour vérifier si ces rumeurs et mes croyances seraient corroborées.

Après l’avoir vu, j’avoue être allé directement me coucher, simplement pour garder l’intensité de ce doux rêve intacte, et trouver le sommeil sur ces airs enchanteurs et ces images de toute beauté. Le jour d’après, en faisant quelques recherches pour cet article, je suis tombé sur des mots que je n’aurais jamais pensé trouver. Il y avait, parmi tout cet encre virtuel étalé pour ce film, tellement de critiques acerbes, de déception et (presque) de haine, à l’attention de l’adaptation de film considéré par Emma Watson comme « féministe » ainsi qu’à celle de l’actrice elle-même. Non seulement ai-je été choqué par ces propos, mais aussi blessé en quelque sorte, parce que ce n’était pas seulement des points de vue négatifs, mais ils étaient énoncés comme des vérités générales, façon de s’exprimer à laquelle je n’adhère pas du tout.

J’essayerai de répondre à ces critiques en essayant de vous montrer comment la nouvelle version de ce dessin animé arrive à créer, comme ce pourquoi l’on reconnaissait la version Disney, « l’image d’une jeune femme indépendante, maligne, tout en contraste avec les anciens premiers rôles féminins (passives, belles et permissive) »[1].

PS : Non seulement tous les habits d’Emma Watson durant la représentation mondiale de son film ont été confectionnés à partir de produits et matériaux écologiques, durables ou traditionnels, tous vérifiés par EcoAge (une entreprise qui adresse principalement les enjeux de durabilité dans les habits et le monde fashion en général), tout comme ses produits cosmétiques d’ailleurs, mais je viens de découvrir que certains des costumes de La Belle et La Bête ont aussi été créé avec ce genre de matériaux ! Son manteau d’hiver rouge en est un exemple. Vous trouverez toutes les informations sur la mode durable d’Emma sur son compte Instagram et sur le compte qu’elle a créé pour son tour du monde de représentation, The Press Tour. J’espère que vous apprécierez lire ces histoires inspirantes et soyez certain(e) de jeter un œil à ces marques fantastiques !

Pourquoi n’y a-t-il rien de tel que la présence du Syndrome de Stockholm ?

En effet, je reconnais que l’histoire elle-même est problématique, puisque si regardée simplement, elle ne donne pas très envie. Une magnifique mais originale jeune fille de ferme qui échange sa vie contre celle de son père, puis enfermée (vraiment ?!) jusqu’à ce qu’elle tombe amoureuse de son ravisseur. Puis, autrement qu’un peu de sang et de combat, ils vivent heureux et ont beaucoup d’enfants. Certaines critiques disent que cela suggère que les filles devraient rester avec leur amoureux abusif, en pensant qu’elles peuvent les guérir. Cela souligne la présence du « Syndrome de Stockholm ». Pour ceux qui ne le connaissent pas, le « Syndrome de Stockholm » décrit un état psychologique où un prisonnier(ère) tombe amoureux(euse) de son ravisseur, de façon curieuse et compliquée, prenant certaines de ses caractéristiques, développant une sorte d’alliance psychologique avec cette personne, comme une technique inconsciente de survie. Mais Belle ne cesse d’être en conflit avec la Bête, et le défie sur tout point ; elle trouve un moyen de garder son indépendance, son indépendance d’esprit. Comme Emma Watson le dit, « elle donne autant de bien qu’elle n’en reçoit », en frappant à la porte lorsque celui-ci le fait, en refusant de le rejoindre pour dîner, etc. Elle ne possède aucune caractéristique d’une personne souffrant du syndrome de Stockholm.

Et elle ne reste pas vers lui parce qu’elle est amoureuse, ou fascinée ; en effet, elle aurait pu s’échapper. L’on note l’hésitation dans ses yeux lorsqu’elle voit la lumière au fond du tunnel créé entre les arbres noirs, après avoir été attaquée par les loups. Elle reste parce qu’il lui a sauvé la vie. Ce n’est pas une histoire d’amour normal, mais une histoire qui se construit. Il commence par se détester ; puis leur relation passe petit à petit à une amitié, et se développe ensuite. Ils finissent par tomber amoureux, mais seulement à la toute fin. Rien de « cucu » ni d’ « exagéré » à ceci ; au contraire, une histoire d’autant plus authentique.

Belle – La nouvelle version de la « Princesse Disney » que l’on connaît bien

Premièrement, après le film, mon amie m’a dit : « Je peux comprendre pourquoi tu définis ce film comme féministe, mais le fait que Belle parle toujours de son prince charmant me faire voir cette image de la fille qui attend l’arrivée de son prince – cette relation de dépendance -, image qui me perturbe beaucoup ». J’ai me suis battu avec cette réflexion. Mais en y réfléchissant maintenant, je pense différemment. Non seulement la relation de dépendance est faite dans le sens inverse (car la Bête dépend de Belle pour le transformer en humain), mais la définition d’un « prince charmant » porte une nouvelle signification avec Belle. Le sens que j’en sors est qu’elle attend quelqu’un qui puisse la surélever, la faire se sentir entendu et comprise, qui pourrait l’intéresser tout autant que ses livres (ce pourquoi elle résiste aux avances de Gaston…).

Deuxièmement, Belle possède beaucoup de nouvelles caractéristiques, physiques comme psychologiques. Elle n’est plus la fille d’un inventeur, mais une inventrice (?) elle-même. L’invention de Belle est une machine à laver qui l’aide à faire ses tâches, ce qui lui permet d’enseigner la lecture à une petite fille. Je peux sentir mes oreilles siffler, vous qui allez peut-être me dire que cela ne fait que renforcer l’idée que la lessive est un travail de femme. Et bien non ! Elle aurait pu utiliser son intellect pour questionner les raisons pour lesquelles elles se devaient de faire ses tâches, mais voyons, on n’est pas au 21ème siècle là, elle ne peut possiblement pas se séparer totalement des traditions alors en œuvre sans remettre en question la réalité du film lui-même ! De plus, être la seule fille capable de lire est un beau succès, dans une société/un village où seulement les hommes ont le droit d’aller à l’école.

Troisièmement, Emma a fait des efforts significatifs pour introduire une Belle plus forte et indépendante que celle qui est représentée dans la version classique du dessin animé de 1991. Par exemple, elle a insisté pour laisser tomber le corset de la merveilleuse robe de bal jaune de son personnage. Comme elle le dit dans son interview pour Vanity Fair, Watson a essayé de retoucher les tenues de Belle de façon à les rendre plus fonctionnelles, en remplaçant les chaussons de danse par des petites bottes d’équitation (« le film original la représente avec des chaussons de ballet, qui sont magnifiques – comprenez-moi bien – mais elle ne saurait être capable de faire quoique ce soit d’utile avec ces chaussures, au milieu de la campagne française », Watson explique), ou en ajoutant des poches à sa petite robe paysanne.

Enfin, Belle n’est pas « un personnage passif – elle est en charge de son propre destin » comme le dit l’actrice. Cette version de Belle est dans l’action, nullement la docilité (comme le sont d’autres princesses). Elles maintient ses idées, fait ses propres choix et décisions. La Bête, grincheuse, tempétueuse et très brute, est le personnage passif. Elle ne fait jamais ce qu’on lui dit, elle est courageuse et s’aventure dans des parties du château qu’elle n’a pas le droit de visiter. Elle est maligne, gentille, curieuse et pleine d’esprit, refusant d’être une « princesse » ; elle répond même à la demande de la Bête, qui désire savoir si elle serait heureuse ici avec lui, avec la réponse suivant : « Est-ce qu’une personne peut-elle être réellement heureuse si elle n’est pas libre ? ».

Katy Forsyth, une chercheuse et auteure du livre « The Beauty’s Garden », une adaptation de l’histoire originale de La Belle et La Bête, encadre le débat avec perfection : « Les contes de fées ne sont pas stagnants ; ils sont naturellement vivants et représentent des aspects évolutifs de notre société, et dans ce cas, je pense que la dernière version de La Belle et La Bête est bien plus réfléchie, prenant en considération la situation actuelle des femmes ».

Un refus d’accepter les stéréotypes de beauté

Il est assez clair que ce film s’accroche principalement sur l’idée que la beauté d’une personne ne la définit en aucun cas dans son entier ; que les gens peuvent être « disgracieux » à l’extérieur mais merveilleux à l’intérieur. Et ceci est un sujet avec lequel beaucoup de femmes (et d’hommes bien sûr !) rencontrent des difficultés. Toutefois, ce sujet ne s’applique pas à notre Belle dans ce cas (parce que, à nouveau, les réalisateurs n’auraient pu sacrifié la beauté de Belle sans sacrifier l’âme du conte en lui-même), chose qui a été largement critiquée (comme si les femmes féminine et belles ne pouvaient pas se revendiquer tout autant féministe que les autres… !). D’autres disent que la Bête n’est pas assez « bestial » (dans le sens ses traits ne correspondent pas assez à ceux d’une bête) ; en fait, « il est bien plus beau en état de bête qu’il l’est en tant que prince ». Alors tout d’abord, même si j’avoue que cette bête grincheuse, mais tendre et puissante, est assez sexy (n’utilisez pas cela contre moi s’il vous plaît haha !), le prince (Dan Stevens) est tout aussi délicieux ! Ensuite, je pense qu’il nous est essentiel de comprendre les métaphores qui se cachent derrière ces représentations physiques. C’est une jeune fille qui tombe amoureuse d’une personne à l’apparence de bête, qui est tout à fait sauvage, tant dans son caractère que dans ses manières.

De plus, si ce film ne remplissait pas complétement son objectif principal, le rejet de ces stéréotypes de beauté, qu’est-ce qui empêche réellement Belle de ne pas tenter le diable et répondre au désir de Gaston, autrement que le fait qu’il ne la comprend pas ?! Juste une idée…

Et puis enfin, juste pour vous, une pensée exprimée par Dan dans son interview dans The Daily Beast, alors qu’il répondait aux critiques sur La Belle et La Bête ainsi que sur son acolyte : « On a besoin de recruter l’énergie masculine, de comprendre quel type d’équilibre [entre les deux types d’énergie] pourrait exister, et ce que cela signifie, de comprendre quels sont les éléments de la patriarchie sociétale qui ont besoin d’être atténués ainsi que quels sont les éléments de masculinité que l’on doit balancer avec de la féminité…Toutes ces idées sont tout à fait représentées dans Le Belle et La Bête mais également tout à fait claires dans l’esprit d’Emma Watson ».

Un grand pas vers l’ouverture sexuelle

Nous arrivons enfin à cette question très débattue et enflammée. Est-ce que « le premier personnage homosexuel de Disney » est un titre légitime ? Je ne pense pas avoir été le seul tout à fait choqué par le fait que certains États Américains ainsi que d’autres pays ont refusé de montrer le nouveau blockbuster de Disney au cinéma, avec l’excuse que ses « scènes homosexuelles » offensantes pourraient heurter les sensibilités, etc. Et bien, quelle société ouverte d’esprit et aimante ! De nombreux journaux ont nommé l’histoire de LeFou « une immense opportunité gâchée »[2]. Mais moi j’appelle cela de l’ouverture d’esprit audacieuse. La beauté de cette intrigue secondaire se trouve dans sa subtile délicatesse. Si l’on regarde ce film sans réellement réfléchir, et sans avoir lu ce qui se dit dans les médias, je pense que personne ne serait capable de différencier la fascination de Le Fou pour Gaston de son amour. Toutefois, ce qui est moins caché mais toujours tout à fait délicat, et ce que j’ai juste adoré, est – SPOILER ALERT – le moment « cligne-des-yeux-et-tu-ne-le-verras-pas » où LeFou se retrouve, sans le vouloir, à danser avec un des autres acolytes de Gaston, à la toute fin. Nul besoin d’élaborer – leurs yeux parlent d’eux-mêmes (FIN DU SPOILER ALERT).

Je reconnais que ce film n’est pas le meilleur mouvement d’émancipation homosexuelle du siècle, mais c’est toujours admirable et rassurant que même le monde de Disney s’ouvre assez pour représenter ce à quoi ressemble réellement notre société : pleine d’hétérogénéité, un mélange de noirs et de blancs, d’homosexuels et d’hétérosexuels, de « Bêtes » et de Belles.

Les différentes morales qui pourraient vous inspirer

La première et plus importante des leçons que ce film m’a montré est d’épouser sa différence. À un certain moment, Belle demande à son père s’il la trouve « bizarre ». Et sa réponse vaut de l’or. Il lui dit que ceux qui sont différents, « drôle » et qui sont souvent les sujets de moquerie, finissent par être ceux que tout le monde suivent, y compris ceux qui s’en sont moqués. Ils montrent l’exemple, leur liberté inspire. L’individualité est magnifique, forte et courageuse ; si vous pensez l’être, alors soyez certain(e) que c’est une force, pas une faiblesse. Soyez assez ambitieux(euse) et déterminé(e) pour briller à travers votre individualité.

La second morale, pour laquelle j’ai dû un petit peu creuser (et c’est peut-être mon subconscient qui me parle), est que peu importe où vous vous trouvez, ce que vous faites et ce à quoi vous ressemblez, vous trouverez l’amour (ou il vous trouvera). Une personne qui vous fait briller encore plus, qui vous élève, vous comprend, vous respecte et qui vous vaut. Peu importe votre âge et votre apparence, il existe une personne qui vous attend, cela j’en suis certain. Belle a beau être magnifique, et jeune, elle a continuellement attendu cette personne unique, alors qu’elle aurait pu avoir tous les hommes du village. Et regardez comment elle l’a trouvé…de manière spontanée et contre toute attente. (Je suis au courant que c’est une histoire fabriquée par l’homme, mais je trouve cela rassurant, pas vous ?!).

Ne soyez jamais trompé par l’apparence d’une personne. Dans certains cas, ce que vous voyez de l’extérieur réfléchis ce qui se trouve à l’intérieur (ce qui était le cas de la Bête au début) ; dans cette situation, offrez à cette personne le bénéfice du doute, car elle pourrait vous surprendre de la plus belle des manières. Si ce n’est pas le cas, acceptez ces personnes comme elles sont réellement, c’est-à-dire leur profondeur interne (Belle est tombée amoureuse d’une bête au final, non ?!). Ne jugez pas un livre par sa couverture. Marchez, vivez et respirez avec un cœur ouvert, vous ne pourrez vous en sentir que plus heureux(euse).

Pour conclure cet article, qui s’apparente bien mieux à une « dissertation » (veuillez m’en excuser, si vous êtes encore entrain de lire ces lignes, cela signifie certainement que vous êtes un(e) lecteur(trice) assidu(e) et je vous remercie pour cela), laissez-moi juste vous parler du but qui se cache derrière. Je n’essaie pas de vous faire aimer cette version de Disney (enfin, un peu), ou vous faire aimer Emma Watson et sa définition du féminisme (encore une fois, un peu quand même haha!). Ce avec quoi je désire que vous repartiez est de le l’inspiration ; la réalisation que l’art cinématographique et l’art de manière générale peuvent représenter tellement plus que de simples divertissements, que le féminisme est essentiel, que l’activisme peut prendre d’innombrables formes (comme cet article par exemple) et que vous, en qualité de personne unique, êtes belle et attendez d’être inspirée. Épousez la Belle ou la Bête qui sommeille en vous ; et si nous le faisions tous, l’amour de soi pourrait devenir « a tale as old as time ».


[1] Hunt Shevonne, How Emma Watson Pulled OFF a Feminist Disney In Beauty & the Beast, in “The Sydney Morning Herald”, March 9 2017, http://www.smh.com.au/lifestyle/news-and-views/is-beauty-and-the-beast-

[2] Robinson Tasha, The Beauty & the Beast Remake is a Long Series of Wasted Opportunities, in “The Verge”, March 17 2017, http://www.theverge.com/2017/3/17/14962212/beauty-and-the-beast-review-remake-gay-lefou-bill-condon-controversy

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